Il n’y a pas eu de stratégies appropriées pour suivre le progrès des enfants dans nos écoles. Résultat : depuis des années, beaucoup d’enfants quittent le cycle primaire sans savoir lire, écrire et compter. Ce constat est alarmant. Environ 75 % des enfants qui entrent en Standard I finissent par réussir aux Certificate of Primary Education (CPE). De ceux-ci, 55 % complétera son School Certificate et seulement 35 % accédera au Higher School Certificate (HSC). Les 65 % restants, soit environ 13 000 enfants par an, sont laissés de côté. Soit ils sont dirigés vers la filière préprofessionnelle, soit ils se retrouvent dans le monde du travail. Cette structure pyramidale indique le niveau de gâchis et les difficultés sérieuses auxquelles font face nos enfants pour progresser dans le système éducatif existant. Peut-on bâtir une société du savoir si plus que 50 enfants sur 100 n’atteignent pas un niveau satisfaisant ?
● Comment expliquez-vous cela ?
Nous sommes restés très traditionnels dans notre manière d’enseigner. Très peu d’accent est mis sur l’écoute et la communication. Le résultat est que nos enfants font face à des difficultés sérieuses pour, par exemple, apprendre l’anglais. Nos enseignants et nos enfants évoluent isolément. Les professeurs doivent avoir un soutien à travers des interventions régulières. Et là, c’est au Mauritius Institute of Education de jouer un rôle-clé. Elle devrait mettre régulièrement à jour le contenu du programme d’études ainsi que les méthodes d’apprentissage. Nous avons aussi constaté que le programme d’études est beaucoup trop lourd et que notre système n’offre pas assez d’importance au domaine professionnel. A Maurice, ceux qui ne réussissent pas du côté académique sont automatiquement dirigés vers les filières prépro- fessionnelles. Ce n’est pas la bonne approche. Autre constat : trop peu d’importance est accordée à des sujets qui contribuent au développement de l’enfant.
● Notre système sélectionne. Elle départage ceux qui arrivent à suivre de ceux qui n’arrivent pas...
Nous ne pouvons continuer avec notre système d’évaluation. Nous devons avoir une évaluation continue qui suive l’enfant dès la Standard I et en finir avec la promotion automatique.
● Que faire pour améliorer le taux de réussite ?
Nous devons nous baser sur les faits. Les statistiques montrent qu’il y a une courbe anormale dans la distribution des grades au CPE. D’un côté, il y a un nombre important obtenant un A et un nombre encore plus grand obtenant un F. Entre ces deux grades, très peu d’élèves obtiennent des grades entre B et E. Le problème, selon moi, commence dès la Std I. Un groupe hétérogène d’enfants y entre et le professeur enseigne à tout le monde de la même manière. Dès le premier jour, un certain nombre d’enfants n’arrive pas à s’intégrer et cela continue ainsi d’une classe à l’autre.
● Quels sont les autres facteurs qui contribuent à ce phénomène anormal dans la distribution des grades au CPE ?
Le curriculum actuel encourage l’apprentissage par coeur. Pour remédier à cela, il faut une réforme profonde du programme d’études. L’usage limité d’outils d’évaluation pour identifier les faiblesses de l’enfant et l’implication limitée des parents sont d’autres facteurs négatifs. Il est aussi grand temps de revoir le système d’évaluation. Cela prend du temps pour apporter des changements radicaux. Les manuels et le matériel scolaires devraient être revus. En Standard I, beaucoup de temps pourrait être consacré à montrer aux enfants comment apprendre au lieu de les surcharger d’un lourd contenu. Il faudrait surtout enseigner principalement le literacy et numeracy de base à travers des jeux et des histoires.
● Le rapport de l’ADEA constate également qu’il y a “une distribution inégale des opportunités éducatives”.
Personne n’a le même statut socio-économique ni les mêmes forces et faiblesses et chaque parent n’a pas le même niveau d’éducation. L’environnement scolaire et les facilités offertes varient souvent d’une institution à l’autre et même l’expérience des enseignants peut être différente. Le rapport se réfère aux curriculum actuels qui ne permettent pas aux étudiants ayant des talents différents de montrer ce qu’ils peuvent faire. Si un enfant n’est pas doué académiquement, il est très souvent déclaré comme étant un échec, et ça c’est un défaut majeur.
● “L’emphase sur le classement des élèves et l’accès aux collèges paralysent toute réforme”, est-il écrit dans le rapport de l’ADEA. Partagez-vous cette opinion ?
Cessons de mettre l’accent sur l’accès et portons notre attention à ce qu’acquiert l’enfant à la fin de sa scolarité. Une compétition saine et naturelle est positive et les meilleurs se démarqueront toujours. Travaillons sur un curriculum qui aide à évoluer d’un système basé sur des examens vers un qui se penche sur ce que les enfants peuvent acquérir comme compétences. Je précise que les données recueillies pour le rapport couvrent la période 2000 à 2005.
● Depuis des décennies notre système est critiqué. Pourtant rien ou pas assez n’a été fait...
Qui décide du changement ? La plupart des décideurs sont passés par le système avec succès et pensent donc qu’il est bon. Le public et les politiciens veulent voir des résultats tout de suite mais en éducation, ce n’est pas possible. Si on commence à changer le système aujourd’hui, ce n’est que dans trois ans qu’on verra le résultat et encore, il faudra d’abord passer par des projets pilotes. Une chose est sûre : il faut qu’on change notre système éducatif. Ce n’est pas facile mais les gens se laissent convaincre par les faits et il faut les leur présenter.
Source: L'Express
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